Chroniques martiennes de Ray Bradbury

Ah ! voilà un immense classique de la science fiction ; un pilier du genre rédigé par l’un des mentors, Ray Bradbury.

Chroniques martiennes est un véritable enchantement stylistique saupoudré d’anachronismes. Anachronique ou rétro-futuriste, car Ray Bradburry nous confiait avant 1970 sa vision du XXI siècle, selon les codes de l’époque : un monde états-unien au bord de la guerre nucléaire globale ou règnent insécurité et discriminations raciales.

De la bonne vielle science fiction

Le « quasi rétro-futurisme », ou plutôt l’ « anticipation ratée » c’est ce qui fait tout le charme de la science fiction des années 1950 aux années 1980. La projection dans le futur est partielle, les auteurs transposent souvent la situation sociale de leur temps à un monde techniquement plus avancé, sans toujours parvenir à deviner les évolutions de notre société. Les résultats sont souvent comiques : l’hoverboard que nous connaissons se révèle très différent et passablement plus ridicule que celui de retour vers le futur. Le gouvernement mondiale n’est pas pour demain et l’éthique scientifique fait obstacle à bon nombre de dérives décriées par les auteurs de science-fiction.

Le point comique dans Chroniques Martiennes réside peut-être dans la résurgence d’une bonne petite télékinésie à l’ancienne, ou bien dans l’utilisation de « fusées personnelles », mais encore de la terraformation expresse qui permettrait en quelques années seulement de rendre l’air martien respirable. C’est une vision bien romancée du voyage interplanétaire que nous offre Ray Bradbury. Il prédisait une rencontre avec les extraterrestres pour le moins déconcertante : s’ils ne nous ont pas contacté, c’est simplement que nous ne les intéressons pas, qu’ils ont peur de nous, ou qu’ils ne croient pas en notre existence.

L’ouvrage est une chronique, un enchaînement de tentatives d’entrer en contact avec les martiens, par l’envoi d’explorateurs. Il faut dire que le format originel semblait être celui du feuilleton. Les extraterrestres, dont le quotidien s’avère semblable au nôtre, ne prêtent initialement aucune attention aux hommes ; ils se contentent de les éliminer, par précaution. Pour cela ils usent de stratagèmes de plus en plus ingénieux à mesure que leur peur de l’homme grandit. Cette crainte apparaît tout à fait fondée, puisque les humains les anéantissent au fil du roman. Chaque conquérant terrien souhaite en effet s’emparer de son morceau de cette nouvelle Amérique. Les humains ont d’ailleurs des allures de cow boys, ils érigent de grandes villes modernes et même une station service au beau milieu de la « route 66 » version martienne.

Une fin au parfum d’holocauste

L’inéluctable troisième guerre mondiale finit par éclater, sujet classique pour la période de publication, en pleine guerre froide. Les hommes, tous enclins à un violent élan de patriotisme, regagnèrent la Terre pour combattre. Ils laissèrent derrière eux les ruines d’une ancienne civilisation, martienne, couverte par le béton des citées nouvelles à leur tour abandonnées. Sur cette question, c’est plutôt bien vu, il faut admettre que les élans patriotiques se soient renforcés, étant donné la montée des nationalismes ces dernières années.

La fin de cette guerre, dans le roman, n’a rien d’enviable : une poignée d’humains a pu échapper à la fin du monde pour trouver refuge sur Mars. Pour ne pas les alarmer, les parents avaient promis à leurs enfants qu’ils allaient voir les martiens, mais à ce stade, qui est le martien ?

Comme tout bon roman d’anticipation, celui-ci est une critique de notre civilisation, trop encline à détruire autrui, à détruire le semblable dès lors qu’il ne serait pas strictement identique. Ray Bradbury en profite pour tacler les industries polluantes, l’urbanisation de manière générale et la bétonisation.

Enfin, pour conclure, il s’agit pour moi d’une tragédie dans laquelle l’humanité échoue inéluctablement à chacune de ses tentatives d’établir le contact avec une forme de vie étrangère.

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