Le troll du Mont Cailloux

Êtes-vous déjà allé sur le Mont Cailloux ? La fameuse montagne au sommet grisâtre du pays des 1000 songes ? Hé bien sachez que vit là-bas un troll. Pas n’importe quel troll, non ! Un troll des cailloux. Gognol, c’est ainsi qu’il s’appelait, passait toutes ses journées seul, à dévorer des cailloux. Le curieux monstre se régalait de calcaire, de granit, de silex et de bien d’autres pierres qui jonchaient le pic. Mais un jour, voilà qu’il croqua dans plus dur que lui. Il eut mal, tellement mal au ventre, si bien qu’il en perdit tout appétit pendant plusieurs jours ! Cela le rendit bien malheureux, lui dont le seul plaisir était de manger…

– Ça ne va pas du tout du tout, cette histoire, ronchonna-il, il faut que je trouve une solution.

Alors, pour la première fois depuis des années, notre jeune troll descendit de sa montagne pour se rendre au village des hommes, dans la vallée. Il lui fallut bien la matinée entière pour descendre, traverser la rivière puis la forêt. Une fois sur place il chercha tant bien que mal à questionner les passants. Cependant, à son passage, ceux -ci s’enfuyaient dans des cris stridents.

– Bonjour, je recherche un docteur. S’il vous plait, savez-vous où je pourrais en trouver un ? demandait aimablement le troll.

– Ah !!! répondaient les autres.

Ils couraient de gauche à droite, de droite à gauche, trébuchant et se bousculant. Ils se cachaient sous les bancs, derrière les boîtes aux lettres mais le troll les débusquait aussi tôt. Alors ils déguerpissaient de plus belle jusque dans leurs maisons, des maisons en pierre il faut le préciser. Le troll avait beau frapper aux portes, on ne lui répondait pas. Il pensa candidement que les occupant ne l’entendaient peut-être pas et entreprit de dévorer les murs des maisons. Ils avaient bon gout, il faut croire que les humains savaient choisir leurs cailloux. En revanche les pièces montées n’étaient pas d’une grande qualité esthétique.

– Enfin, se dit le troll, l’important c’est que ce soit bien cuisiné.

C’est alors que ses terribles mots d’estomac et de gencive le reprirent. Il avait décidément dévoré quelque chose qui ne passait pas ! De leur côté les villageois s’organisèrent. Ils s’équipèrent de fourches, de battons, de pics et pourchassèrent un Gognol incompris. Notre petit troll se retrouvait à nouveau déambulant dans la forêt.

– Les habitants de ce village sont bien mal polis ! commenta le mangeur de pierres. Aucun sens de l’hospitalité.

Mais Gognol connaissait une ville non loin, à coup sûr il y trouverait un médecin ! Ainsi, il entreprit un voyage de plusieurs jours, le ventre grognant d’une faim qu’il ne pouvait assouvir, et sa rage de dent reprenant de plus belle.

Lorsque les portes de la ville furent en vue, Gognol reprit espoir. Mais ce sentiment fut tué dans l’oeuf par les gardes de la ville qui vinrent à sa rencontre. Ils étaient vétus de lourdes armures et brandissaient de longues lances menacantes. Les hautes plumes rouge qui coiffaient leurs casques dansaient au rythme de leur marche, leur donnant des airs de poulets. Leur capitaine, en tête, portait une longue cape grise, il interpela Gognol :

– Ola l’ignoble bête, tu ne comptes tout de même pas entrer dans notre belle citée ?

– Justement si, répondit notre ami, je cherche un médecin. Pouvez-vous m’en indiquer un ?

Le capitaine resta sans voix, tandis que les trois autres hommes se dévisagèrent avant d’éclater d’un rire gras et insultant. Ils pointaient le pauvre troll en reprenant tour à tour ses mots « Ha, ha, ha ! Il veut qu’on lui indique un médecin » ou encore « Hé ! il veut entrer en ville ».

– Mais enfin, tenta de le raisonner le capitaine, sale comme vous êtes on ne vous laissera pas entrer. Et puis on vous connait, vous, les trolls, vous manger toutes les pierres que vous trouvez, vous n’hésitez pas à casser nos maisons, croquer dans nos murailles. En plus, vous sentez très mauvais et vous effrayez nos enfants.

– Mais je ne vous veut aucun mal, assura le troll.

L’homme pointa sa lance vers la gorge de Gognol avant de conclure :

– Peu importe, vous n’entrerez pas. Si vous voulez être soigner, allez donc voir un médecin troll. Adieu !

De nouveau, Gognol s’arouta sur le chemins poussiéreux du Pays des 1000 songes. « Un médecin troll, se lamenta-t-il, mais ça n’existe pas ! ». Le soleil était déjà haut dans le ciel lorsqu’il rencontra six nains fort suspicieux. Les créatures transportaient sur leur char à bœuf d’énormes coffres et, pour les protéger, brandissaient leurs énormes marteaux vers notre jeune troll.

– Où vas-tu étranger, demandèrent les nains, en as-tu après notre trésor ?

– Pas du tout, je recherche juste un médecin troll.

Le nain le regarda étonné, son visage se radoucie et il lui conseilla :

– Hé bien je ne connais pas de tel médecin, mais si tu suis cette route tu trouveras notre montagne, il y vit un autre troll des cailloux, comme toi, il pourra peut-être te renseigner…

Quelle bonne nouvelle, un autre troll des cailloux ? Cela faisait bien longtemps que Gognol n’en avait rencontré ! Il avait maintenant une toute nouvelle raison de marcher, il faut dire que la solitude c’est lassant, même pour un troll. Son mal de ventre avait disparu de lui-même, mais sa rage de dent, elle, la harcelait toujours. Il redoubla d’effort pour arriver au plus vite au pied d’une montagne de cailloux encore plus belle, plus majestueuse et plus goûtue que la sienne ! Il entreprit de l’escalader, mais à peine avait-il franchi la première falaise qu’un de ses semblables déboula sur sa gauche : une créature grassouillette à la peau grise, des bourrelets reluisants aux reflets de marbre. Bref, un beau spécimen, si l’on s’en tient aux critères trolls.

– Que fais-tu là ? Vilain ! Tu n’espère tout de même pas manger mes délicieux cailloux ? Chacun sa montagne, tu retournes chez toi et tu ne viens pas m’embêter !

– Mais pas du tout, vous vous méprenez, je recherche juste un médecin. Voilà, j’ai très mal à la machoir, et même que pendant plusieurs jours j’avais aussi très mal au ventre. Alors je recherche un médecin troll qui pourrait m’aider.

L’autre s’asseya soudain sur son énorme derrière, il attrapa un roché gros comme une table et croqua dedans, l’air pensif.

– Une médecin troll ? Mais ça n’existe pas. En revanche je connais les nains qui vivent sous ma montagne. J’ai passé un marché avec eux : je les autorise à creuser des galeries et à prendre tout l’or qu’ils veulent, en échange ils me donnent à manger de meilleurs cailloux. Vas donc les voir de ma part, ils pourront surement t’aider !

Gognol remercia bien son congénère et descendit chez les nains qui l’accueillirent chaleureusement. On aime traiter avec les trolls des cailloux ici. Le chef de la guilde des nains, qui exploitaient les filons d’or sous la montagne, fit chercher un docteur qui l’examina.

– Vous avez quelque chose de coincer entre les dents, affirma-t-il. Un coup de pince et ça devrait aller.

Il fit chercher l’outil par son assistant, qui revint avec tout un attirail. Il approcha la pince de Gognol tira sur la pierre qui était coincée, l’extirpa d’un coup sec et tous s’exclamèrent :

– Un diamant !

– Ca ne m’étonne pas que vous ayez mal au ventre, expliqua le nain, il n’existe rien de plus dur que le diamant. Mais, où avez-vous mangé ça ?

– Chez moi, sur ma montagne de cailloux, expliqua Gognol.

Les nains lui proposèrent alors d’investir sa montagne, et en échange de quoi lui offriraient une vie digne d’un roi. Depuis se jour, Gognol vit heureux sur sa montagne, il fit construire un beau château et fit importer des cailloux des quatre coins du Pays des 1000 songes. Des trolls le rejoignirent pour constituer sa garde et grace aux nains il devint le tout premier roi des trolls. Cela rendit fous de jalousie les hommes du village de la vallée qui avaient refusé de l’aider et qui devinrent ses sujets.

Belenor
31 mars 2017

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